021960 Ouvriers et paysans de Loire-Atlantique Cycle 1

  • Dates des cours : 17oct-7nov-14nov-21nov-28nov-5déc
  • Heure de début du cours : 10:00
  • Heure de fin du cours : 12:00
  • Jour du cours : Lundi
  • Intervenant : Christophe PATILLON


Christophe PATILLON

Faire connaître la richesse de l’histoire sociale locale en partant de luttes ou d’événements marquants.

  • 1833, les typographes nantais et la défense du métier. En mai 1833, soixante-quinze ouvriers imprimeurs soutiennent par la plume le projet porté par quelques-uns d’entre eux de faire reconnaître par les autorités une Association typographique et philanthropique. Une association particulière puisqu’en ces temps où il est formellement interdit de se rassembler en syndicat, elle annonce clairement qu’elle ne se cantonnera pas à apporter son soutien aux malades et aux vieux de la corporation mais qu’elle pèsera de tout son poids pour empêcher les maîtres-imprimeurs de fragiliser la situation sociale de leurs salariés quand le cœur leur en dit. Elle fut pour certains le premier syndicat créé en France. Disons, plus humblement, qu’elle a ouvert avec d’autres, à Paris, Lyon et ailleurs, les chemins de l’émancipation collective des travailleurs.
  • La fin des « anarchos » : Nantes et la grève des dockers (1907). Du fait de l’irrégularité du trafic portuaire, le travail des dockers, ouvriers affectés au chargement et déchargement des marchandises transportées par les navires, est marqué par la précarité à Nantes, comme dans tous les ports du monde. Ils doivent arriver sur les quais très tôt le matin et attendre parfois des heures pour être embauchés à la journée ou à la demi-journée par les contremaîtres travaillant pour le compte des entreprises de manutention qui offrent leurs services aux armateurs. Des contremaîtres qui se comportent comme de vrais maquignons, qui ont leurs têtes et ne font travailler régulièrement que ceux qui leur plaisent. À côté des travailleurs employés régulièrement par les treize compagnies présentes sur le port nantais, il existe tout un volant de journaliers, souvent des migrants de fraîche date, ou des vagabonds, dépourvus de véritable domicile, qui constituent un véritable prolétariat en haillons. Si l’on en croit la police, les effectifs dockers et charbonniers atteignent les 1828 individus au printemps 1907.
  • La décennie noire du syndicalisme (1922-1935). « La classe ouvrière, soulevée par une formidable crise de nationalisme, n’aurait pas laissé aux agents de la force publique le soin de nous fusiller, elle nous aurait fusillés elle-même. » Ces mots sont d’Alphonse Merrheim, un des leaders de la métallurgie CGT et ils traduisent bien le sentiment d’impuissance qui a envahi l’aile révolutionnaire de la CGT. Depuis vingt ans, elle répétait que les travailleurs n’avaient pas de patrie, que le devoir des travailleurs sous les drapeaux était de tirer sur leurs propres officiers, que la guerre était celle des « trusts » (multinationales) et des États et qu’elle se faisait toujours sur le dos des peuples, qu’à la déclaration de guerre les syndicalistes devaient déclencher la grève générale… Rien de ce qu’elle avait envisagé ne s’est réalisé. Face à la guerre, la CGT est déboussolée : la classe ouvrière, comme toutes les autres classes de la société, se montre sensible aux arguments des va-t-en-guerre.
  • « Ils ont tué Rigollet ! » : 1955, une révolte ouvrière en basse-Loire. Le conflit de 1955 occupe une place à part dans l’histoire sociale de la Loire-Atlantique par sa durée et sa dureté. Durée : il s’écoule sur huit mois, de l’émergence des premiers comités d’action des soudeurs nazairiens en février à la conclusion d’un accord entre patronat et syndicats à Nantes en octobre.Dureté, À Saint-Nazaire, on se bat autour des chantiers le 23 juin et on dresse des barricades le 1er août. À Nantes, cette dureté s’illustre notamment par les moyens techniques utilisés par les manifestants : il ne s’agit plus uniquement de pavés et de boulons, mais d’engins explosifs lancés contre les forces de l’ordre (18 août) et dans l’enceinte de la prison lors de l’attaque de celle-ci (19 août), de coups de feu (19 septembre), de sabotages sur un échafaudage (27 septembre) et sur un train (28 septembre) ou encore du dépôt d’une bombe artisanale désamorcée dans l’enceinte des chantiers Bretagne-Loire (19 septembre). Même le vieux leader CGT Gaston Monmousseau fait revivre le temps d’un discours une ancienne pratique syndicaliste-révolutionnaire : le boycott.
  • 1969, Guichard au Dresny : un ministre dans la boue. Nous sommes le 16 novembre 1969. Au Dresny, petit bourg rural dépendant de la commune de Plessé, on s’affaire pour recevoir un ministre, en l’occurrence Olivier Guichard, baron du gaullisme qui fait partie du premier cercle qui a entouré le Général De Gaulle de sa marginalisation politique en 1946 jusqu’à son retrait de la vie politique en avril 1969. Olivier Guichard est également un tout jeune notable départemental puisqu’il cumule le poste de maire de sa commune de naissance, Néac (Gironde), avec celui de député de la Loire-Atlantique depuis 1967. Il fut en effet parachuté ici pour remplacer Pierre Litoux, un gaulliste historique, député depuis 1962 et maire de Saint-Lyphard depuis 1929 ! Pourquoi est-il prévu qu’il se rende au Dresny ce jour-là ? Parce qu’il doit présider une cérémonie officielle en hommage aux anciens de l’Afrique française du Nord (AFN), notamment ceux qui étaient sous les drapeaux lors de la guerre d’Algérie. Le député-ministre a prévenu que son hommage aux anciens de l’AFN serait éclair : trente minutes pas plus, car il est attendu à Nantes. Il ne se doutait pas qu’un fort groupe de jeunes paysans en colère et imprégné de l’esprit rebelle de 1968 avait un autre programme en tête.
  • Le baroud d’honneur : les dockers et la grève de 1991-1992. Le 20 août 1947, les parlementaires votent, sans discussion et dans l’urgence, la réforme de l’organisation du travail dans la manutention portuaire que lui soumet le gouvernement Ramadier. Le 6 septembre 1947, la loi est promulguée. Nul n’en est satisfait, mais la plupart des acteurs portuaires entendent s’en contenter, tant il leur importe de garantir aux ports l’assurance de pouvoir disposer d’une main d’œuvre stable à l’heure de la Reconstruction. Il faut savoir que les dockers se divisent en deux groupes : les professionnels (carte G), prioritaires à l’embauche, qui ont l’interdiction d’exercer une autre activité professionnelle, et les occasionnels. Cette loi dote enfin le docker carte G d’un statut, en sécurisant son intermittence, l’arrachant en somme à la précarité.

N’hésitez pas à visiter la bibliothèque du Centre d’histoire du travail (RDC du bâtiment Ateliers et Chantiers de Nantes). L’emprunt d’ouvrages y est possible contre le dépôt d’un chèque de caution.

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